… de territoires encore tièdes. La fabrique.
L’air transpire encore la présence de l’homme. Sols et murs sont tatoués de sa main. Autant d’empreintes qui ravivent les cendres encore chaudes d’une mémoire collective. Les trajectoires et leur circulation ont imprimé des couches de passage, déposées comme les reliefs d’un rituel.
Au sol, peinture et taches, rayures et craquelures s’entrelacent pour encore danser cet inlassable ballet à la chorégraphie d’une valse mécanique. La musique semble encore assise derrière les murs.
Partout les traces qu’empruntaient les tâches et les hommes marquent les lieux comme autant de rides et cicatrices. Le silence de l’usine, éloquent, résonne encore de bruits d’outils, de pas pressés, de croisements et crissements de roues, comme autant de disques rayés.
Quelques pas glissent encore, traversent, s’éloignent ? Non. Juste l’illusion, comme un mirage froid, de quelques âmes égarées qui s’évanouissent vers la sortie.
Dehors, quelques lueurs falotes les attendent comme de nouveaux mirages. Ca et là nos sens cherchent une ombre furtive qui hanterait encore le vide. Seul un reflet tend son écho essoufflé au silence.
Même les couloirs ne s’y croisent plus, Ils sont partis aussi.
Note
Cette série nous évoque ces nombreuses aventures stoppées subitement et leurs portes refermées à jamais. Celles de la vie partagée entre l’homme et ses fourmilières qui lui survivent.
Ces lieux où l’homme et la matière circulaient sur un même plan, en partageaient les repères, les rôles et finalités. L’humain dont j’aime tant écouter les pas, de tous mes yeux, lire ses environnements, ceux qu’il forge pour s’adapter, répondre à l’évolution de ses besoins, ses envies.
Il pose ses marques, partout sans relâche. Couche après couche, il imprime le cheminement de ses modes et de leurs codes. Dans une course éperdue main dans la main, de modus vivendi en modus operandi il conjugue les deux sans relâche.
Combien de ruches… Comment il y vit et ce qu’il en fait, puis ce qu’il en reste lorsque le modus… s’est tari. L’empreinte sur son environnement mais aussi celles de ses propres enjambées. Et puis celles de ces pas qui s’arrêtent, font volte face, partent et s’effacent. Ces chemins en creux qu’il quitte soudain deviennent des ornières sèches. Comme partout et toujours, ce qui demeure de nos citadelles et leur fourmillements nous questionne ? Tous nos ciments et leur usure partagée.
Mais déjà Ariane est ailleurs et tire sur le fil main tendue. A l’autre bout, un filin rompu traîne encore au sol comme un témoin perdu de ce temps partagé, pour en dire ce qui demeure…



















