Sleeping karmas

Où vont les rêves qui n’en sont plus ?
Ceux qui ne sont même pas nés,
Que l’on emmène en partant ?

A quoi ressemblent les cieux d’outre-tombe ?
Le coucher d’un soleil éteint ?
Une étoile lorsqu’elle s’allonge ?

Les danses macabres ont du vent dans le crâne
Et l’homme n’est qu’une bulle
Sur laquelle il souffle aussi.

Quelle finalité de traverser encore, toujours ?
Nos cadavres exquis jouent sous un sablier
Et l’alchimiste a gobé la pierre philosophale.

Ce secret d’alcôve,
Ad vitam aeternam il semble,
Et son immortelle vacuité…

Ce ridiculum vitae
De nos palimpsestes
Et autres vanités de ciels posthumes

Tous bien blottis
Main dans la main,
A l’ombre des mausolées.

 

Note

Il s’agit d’un travail sur les sépultures, ce qu’elles disent de nos croyances, de nous ainsi que de nos proches. La façon dont nous nous percevons au monde et au final la pérennité que nous en attendons parfois, ou celles que les vivants accordent aux défunts.
Du moins jusqu’aux tout derniers souffles du siècle passé. Depuis les départs se font plus humbles et lucides.
Les cimetières anciens, eux, deviennent doucement des musées ; leurs sépultures et leurs mausolées, des œuvres d’art. D’architecture même parfois, leurs allées se font ruelles, abritant un monde défunt et qui pourtant semble vouloir ne rien lâcher, en être encore, toujours… Rester ou revenir.

Les tombes jonchent le sol des cimetières mais toutes ne jouissent pas des mêmes fastes… Les épitaphes aussi sont éloquents.
Ainsi il en va dans les cimetières anciens comme de quartiers dans le monde vivant.
Larges boulevards et avenues pavées pour certains, labyrinthes de ruelles et venelles pour d’autres.
En déambulant au cœur de ces dédales, il ne manque au fond à ces véritables habitations, leurs ors et décors, que la vie.
Impasse commune à tous ces chemins tels des quais sans eau.

L’enveloppe charnelle s’est tue. Les fleurs sont fanées, les miroirs sonnent creux, le livre s’est refermé mais chacun y est allé de son dernier écrin.
Pourtant un petit vent crépusculaire s’est levé pour mieux dissiper cette volatile existence, la vacuité de ses biens et plaisirs terrestres.

Subsistent ces dérisoires reliquaires, tombereaux de pierres angulaires pendues dans le vide comme d’ultimes portraits. « Lux in tenebris » comme une incantation d’immortalité qui serait connue de tous… mais post mortem.
Ultime vanité de la vie au-delà de cette dernière.