Ce n’est pas la poussière qui étouffe ce qu’il reste, c’est l’oubli.
C’est l’effacement de ce qui persiste à exister, bien à l’abri de nos regards.
Les objets, tous les fragments d’un quotidien passé avec les vies qui ont mené la leur.
Des gestes y sont restés figés en suspens, incertains, comme une présence fuyante.
Dans cet abandon silencieux, il faut légèrement plisser les yeux, avancer doucement pour distinguer ces bribes de vie à travers les brumes du temps.
Comme d’obscures particules, le souvenir et l’imagination avancent à pas feutrés, main dans la main, lents et précautionneux.
La lumière s’invite parfois comme un regard bienveillant.
Elle s’infiltre et réchauffe d’une caresse éphémère ces vies inanimées.
Ces brefs soupirs lumineux leur prêtent une présence palpable, avant de s’éclipser pour regagner l’ombre de l’absence.La mémoire s’obstine contre l’érosion dans un silence incapable de se taire.
Ce silence tendu qui attend toujours le moindre frémissement, une ombre froissée qui lui parlerait de lueur, de ce temps hémophile aux prises avec l’intranquillité et l’attente.
L’effacement est encore ordonné et pourtant déjà gagné par le chaos rampant.
Une émotion confuse, inquiète, perle comme un fin brouillard. Furtifs, mes pas s’éloignent.
Dans mon dos, des âmes muettes épient mon trouble et son repli.

























