Tarlabasi est un quartier extrêmement particulier situé en plein coeur d’Istanbul. Pour les Stambouliotes, il est perçu comme une zone à part, une poche de pauvreté délabrée dans laquelle il ne leur viendrait pas à l’idée d’entrer. A l’origine, un quartier de la petite bourgeoisie non musulmane, essentiellement grecque durant des siècles puis Arméniens et Juifs s’y installèrent aussi, en témoignent encore les quelques églises et synagogues qui ont survécu à l’abandon. Pour les premiers ils en furent chassés, les autres partirent d’eux-mêmes.
Aujourd’hui, il sert de refuge à des migrants, des déracinés, des populations pauvres de toutes origines qui se cachent. Ce fut un sanctuaire pour les dealers, les transsexuel-les et autres marginaux. Puis les Roms, les Kurdes, les Syriens, les Pakistanais, les Afghans, les Africains, ont pris leur place.
Tarlabası a longtemps été considéré comme l’un des lieux les plus dangereux du centre-ville d’Istanbul en raison de l’état très dégradé de son habitat, laissé depuis de longues années à l’abandon ou occupé parfois de manière illégale par une population précaire issue des migrations internes et internationales. Toutes les minorités y cohabitent aujourd’hui entre squats et insalubrité. Cette enclave est un lieu d’arrivée privilégié à Istanbul pour de nombreuses populations immigrées. Les stratégies d’habitation de ces migrants sans papiers sont variées et peuvent aller du squat d’immeubles abandonnés à l’occupation de chambre dans des “hôtels“ tenus eux-mêmes par des migrants arrivés quelques années plutôt.
Depuis quelques années, la gentrification, les spéculateurs et le gouvernement turc cherchent à en chasser la population pour livrer ces maisons insalubres aux démolisseurs. Comme les habitants actuels ne possèdent majoritairement pas de titre de propriété, ils sont facilement expulsables. La nature n’aime pas le vide et ces bâtiments, à moins d’être rendus totalement inhabitables et barricadés, sont réinvestis en permanence.
Ayant séjourné quelques semaines à Istanbul, je me suis intéressé aux particularités de ce quartier. Tarlabasi ne dort jamais vraiment. Hormis quelques activités de sous-sol, préparation des moules pour les vendeurs à la sauvette des quartiers touristiques, quelques échoppes alimentaires, petits cafés faméliques et divers étals, l’activité majeure de sa population oscille entre les déchets d’Istanbul et leur récupération. Tarlabasi gagne son pain en fouillant dans les poubelles pour y récupérer tout ce qui est vendable ou recyclable.
Ce métier de “ récupérateur “ s’exerce aussi dans les bâtiments qui restent désaffectés et qui sont épluchés de tous les matériaux à revendre au poids. Quelques petits ateliers sont spécialisés et investissent les lieux en équipes d’hommes sans papiers de toutes ethnies.
Au fil des semaines et des rencontres, je suis tombé sous le charme de cette population, de cette vie de la débrouille pourtant laborieuse et structurée, de cette cohabitation assez curieusement paisible où chacun a sa place et son rôle.






























